Dans mon article sur la photo de spectacle, je vous indiquais que je n’étais pas un photographe de feux d’artifice., C’est la principale raison pour laquelle je n’ai pas écrit un article spécifique sur le sujet. Je concluais en vous incitant à essayer. Et bien pour ma part, cette année, j’ai eu l’occasion de faire des photos les 13 et 14 juillet au soir. En d’autres termes, à mettre en pratique ce que je vous ai conseillé : essayer.

feu artifice arcueil 13 juillet 2013

Feu d’artifice d’Arcueil, 13 juillet 2013 (D.Stankovski)

Je veux par cet article montrer quelle démarche on doit avoir en photo lorsqu’on sait identifier un point faible, et ne pas hésiter à se dire que le but de ces photo sera l’apprentissage. Tant pis si il n’y a pas grand chose à garder. Après tout, tant qu’on ne sait pas faire, ça ne marchera pas.

Contextes de prise de vue

Les lieux

Tout d’abord les lieux choisis :

  • le 13 juillet, à Gentilly au sud de Paris. Plusieurs communes de banlieue tirent leur feu d’artifice le 13 au soir. À Gentilly, j’ai la chance de pouvoir être sur les hauteurs face au stade d’où est tiré le feu. Ce point de vue me permet aussi de voir d’autres feux tel que celui d’Arcueil ou de Villejuif (je crois), derrière l’IGR.
  • le 14 juillet, nous avons fui la capitale, et ce sera le feu d’artifice de Pacy-sur-Eure. Tiré comme chaque année sur le site de Telemecanique/Schneider/Toshiba, la pelouse offre une belle vue dégagée et je suis assez proche du tir.
Carte prise de vue feux

Les lieux de prise de vue.

Deux environnements très différents donc. Le 13, il s’agit d’un environnement urbain. Même si le stade sera éteint lors du tir, il y a en arrière plan beaucoup de lumières. Le 14, c’est l’inverse, c’est le noir complet. Chaque photo n’est donc que le feu et lui seul.

Le matériel

Mon article précédent concernait la photo amateur, mais évidemment, j’y suis allé avec mon Canon EOS 7D et l’bjectif EF-S 15-85mm du kit. J’ai également pris mon Samyang 8mm Fisheye. Bien évidemment mon trépied et j’ai la télécommande infrarouge pour le déclenchement à distance. Dans les deux cas, lorsque j’ai préparé mon matériel, j’ai monté le Fisheye pour commencer.

Dans la pratique, un feu d’artifice nécessite des poses longues. Le minimum est donc de disposer d’un matériel pouvant être débrayé en manuel et donc d’un trépied.

Les réglages de départ

D’après l’article sur les spectacles nocturnes, les réglages conseillés sont ISO 100, f/16 et un temps de pose de 1 à 10 secondes. Je dois avouer que je ne sais pas à combien j’ai commencé car le Samyang étant complètement manuel, son réglage n’est pas inscrit dans les données Exif. Néanmoins, à Gentilly, le 15-85 sera en f/9 et f/8 à Pacy. La mise au point est réglée à l’infini pour le 15-85 et à… 3,5m pour le 8mm. Cela peut paraître étrange, mais pour un 8 mm en f/8 avec une mise au point à 3m, la profondeur de champ va de 37cm à l’infini…

fontaines et explosions

Gentilly, fontaines et explosions (D.Stankovski)

La gestion du temps de pose est différente de la photo classique. Un feu d’artifice est une source de lumière intense et mobile de nuit. Le temps de pose définit donc la longueur de la trainée. Comme les feux ont des vitesses différentes, il est difficile d’anticiper la durée d’exposition, le contrôle doit donc se faire à la main.

En d’autres termes, quand on parle de photos de feu d’artifice, il n’est pas nécessaire de conseiller un temps de pose. Celui ci est un facteur esthétique et non technique. Cela signifie aussi que le l’appareil doit être réglé en mode « Pose B » ou « Bulb ».

Avec une télécommande IR, l’obturateur s’ouvre à la première pression sur le bouton et se referme à la seconde. Le défaut est qu’il peut manquer un peu de précision, mais pour des feux, ce n’est pas critique.

Les prises de vue et les leçons apprises

Temps de pose et exposition

La question du temps de pose n’est pas du tout en relation avec les questions de sur ou sous-exposition. Un feu est un objet en mouvement. Augmenter le temps de pose n’exposera pas plus un point en particulier de la photo mais exposera plus de point sur la trajectoire du feu. Si la photo est sous exposée, il faut ouvrir de diaphragme et à l’extrême augmenter la sensibilité. Après quelques photos, j’ai augmenté l’ouverture à f/9 ou f/8.

Les feux sont de différente intensité, il faut donc peut être modifier l’ouverture du diaphragme. Il est difficile d’anticiper cette modification du fait de la surprise du feu tiré, mais avec l’expérience, ce ne doit pas être impossible.

Quand commencer à déclencher, quand arrêter ?

À Pacy (D.Stankovski)

À Pacy (D.Stankovski)

Vous pouvez entendre le départ d’un feu, sinon, vous pouvez voir le feu partir avant qu’il n’explose et se disperse. Si vous déclenchez dès le départ du feu, vous aurez la montée de la fusée. et l’explosion. Si vous patientez que le feu explose, alors vous n’aurez que la dispersion des étoiles et éviterez d’imprimer l’intensité de l’explosion. Sur la photo ci-contre, le déclenchement a eu lieu juste après l’explosion du feu de droite et avant celui de gauche.

La décision de refermer l’obturateur peut être un peu plus critique. Quand il ne s’agit que d’un (ou deux) feu(x) comme ci-dessus, c’est facile, on referme dès que les étoiles s’estompent. Mais il faut aussi faire attention aux effets du vent. Si le vent emporte des étoiles, elles vont provoquer des trainées qui, si elles sont trop longues ou trop intenses, va complètement brouiller l’image.

La difficulté apparait par contre lors des bouquets ou des tirs en batterie. Lorsqu’un premier feu s’estompe, d’autres explosent et commencent à se disperser. Il ne sert à rien d’attendre la fin du bouquet/batterie, vous n’aurez qu’une bouillie de lumière. Essayez donc de ne capturer que l’explosion de quelque feux, les autres ne feront qu’enrichir les effets de lumière.

Ne pas regarder dans le viseur lors des prises de vue

Il y a plusieurs raisons à ça. D’une part, nous sommes sur des poses longues, et sur un reflex, on ne voit rien dans le viseur pensant l’exposition. D’autre part, l’appareil est sur un trépied orienté dans une direction donnée, donc vous savez ce qui est dans le cadre.

Regardez la scène comme tout spectateur. Vous aurez ainsi un oeil sur le pas de tir. Lorsque vous exposerez votre photo, vous verrez comment se disperse le feu et pourrez choisir quand refermer l’obturateur.

Une fois la photo prise, contrôlez ce que vous avez pris. Vous aurez ainsi une vue de ce qui a été imprimé et seulement alors vous pourrez penser à des corrections.

Le cadrage et le choix de l’objectif

Cadrage serré

Cadrage beaucoup trop serré dût à un mauvais choix d’objectif (D.Stankovski)

Voilà un gros problème d’un spectacle de ce type. Si en général les tirs ne proviennent que d’une surface assez concentrée, leur altitude et dispersion peuvent beaucoup varier. Après ces deux jours, je peux dire qu’il vaut mieux avoir un cadrage trop large que l’on peut re-cadrer. J’affirme ceci en m’étant complètement planté à Pacy. Croyant que mon fisheye était trop large, je l’ai changé avec mon 15-85. Celui-ci étant plus étroit, j’ai basculé l’appareil pris les photos en portrait. Il en résulte beaucoup trop de photos trop serrées ou carrément hors-cadre comme la photo ci-contre.

Cette photo illustre d’une part que les feux tiré haut sont coupés de manière peu esthétique, mais également qu’il m’est impossible de proposer une photo plus créative en cadrant beaucoup plus large et mettre en évidence l’éclairage des fumées au sol.

Mon erreur n’a pas réellement été de changer d’objectif une première fois, mais surtout de ne pas revenir sur le fisheye alors que je pouvais me rendre compte que le 15-85 n’était finalement pas adapté. Il ne faut donc pas hésiter à sacrifier (ne pas prendre) quelques mauvaises photos que de rater (bon, pas complètement non plus) toute sa série.

L’arrière plan

On parle beaucoup du feu, mais qu’en est-il de l’arrière plan ? À Gentilly, j’ai une photo prise à 13 secondes. Oui, certaines lumières, dont les panneaux lumineux, sont surexposés. Mais pour de la photo de nuit de manière générale, ça ne change pas grand chose tant que nous sommes dans des conditions où le feu est plus intense que l’éclairage urbain.

Exposition longue urbaine

13 secondes d’exposition en environnement urbain (D.Stankovski)

L’emplacement

Il y a plusieurs facteurs qui peuvent influer sur le choix de l’emplacement. Ainsi, être trop proche n’est pas forcément un avantage. Non pas réellement à cause du matériel, j’étais proche à Pacy et j’aurai été plus satisfait de mes photos avec l’autre objectif, mais globalement je n’ai pas à me plaindre de mon emplacement. Un des défauts d’être trop proche peut être d’être pris dans la fumée des feux qui peut dissimuler les feux par la suite. C’est un problème récurent à la Tour Eiffel par exemple.

Final Gentilly

Le final à Gentilly (D.Stankovski)

À Gentilly, j’étais par contre trop en surplomb du feu de la ville. Certes, on voyait tout, mais la plupart des feux sont noyés dans l’éclairage urbain. La photo dans la partie précédente est un bon exemple. Néanmoins, cet emplacement permettait d’avoir une vue sur les autres feux de la banlieue sud.

Ma conclusion sur la photo de feux d’artifices

La photo de feux d’artifices n’était pas dans mes habitudes. Étant de nature curieuse, je me suis plié à l’exercice des 13 et 14 juillet, ce qui a été très enrichissant. Il est important d’aller faire des photos sans prétention ni contrainte afin de se concentrer sur la mise en pratique de la théorie, et de pouvoir corriger sur place.

Je reste néanmoins très satisfait du Samyang 8mm Fisheye dans ce contexte. Un Fisheye est un objectif difficile à utiliser du fait de la déformation. Mais son angle de vue à 180° permet de capturer une scène très large en tant assez près. Et dans le contexte d’un feu d’artifices, la déformation fait parti de la créativité de la photo.

À propos de... Darko Stankovski

iT guy, photographe et papa 3.0, je vous fais partager mon expérience et découvertes dans ces domaines. Vous pouvez me suivre sur les liens ci-dessous.